Comme Weisgerber et Mitterand, il considère l’espace « au même titre que l’intrigue, le temps ou les personnages comme un élément constitutif du roman » (Bourneuf 1970 : 82). Cependant, Genette ajoute un troisième aspect de la spatialité littéraire qu’il appelle « l’espace sémantique » (Genette 1969 : 47). En l’occurrence jugée trop statique et hermétique, l’abstraction extrême du modèle lotmanien ne permettrait pas de tenir compte de la complexité des structures ni des exceptions à la règle. En Belgique et France, ce sont surtout les travaux de Jean Weisgerber et d’Henri Mitterand qui ont fait avancer les connaissances dans ce domaine. Toutefois, ces études demeurent encore trop éparses pour former un cadre théorique substantiel et cohérent. Les candidat:es devront mentionner l’axe au sein duquel leur communication serait intégrée.
Mais commençons par la géopoétique. Les premiers rapprochements remontent d’ailleurs déjà à l’Antiquité ainsi que le constate Bertrand Lévy, car « “le premier géographe fut Homère” » (Lévy 2006 : 3). Il appelle alors à établir « un répertoire morphologique et fonctionnel des lieux romanesques, analogue à celui que propose Philippe Hamon pour les personnages » (Mitterand 1980 : 193). Ainsi, alors que Pierre Bourdieu distingue son objectivation du moi socialement construit d’une autobiographie dès l’épigraphe de son Cette manifestation s’adresse à tou:tes les jeunes chercheur:euses en sciences humaines et sociales, sans condition de nationalité, prioritairement à celles et ceux qui travaillent dans une perspective faisant dialoguer plusieurs disciplines. Ryan distingue quatre formes et niveaux différents d’espace narratif : Dans « Formen und Funktionen literarischer Raumdarstellung: Grundlagen, Ansätze, narratologische Kategorien und neue Perspektiven », le narratologue Ansgar Nünning propose un modèle d’analyse de l’espace fictionnel bien différent. La géographie littéraire, qui consiste en une analyse du fait littéraire dans l’espace , se situe à l’inverse du propos orientant ce dossier, qui est de contribuer à la géographie par le savoir que portent des œuvres, en s’interrogeant donc sur la spatialité dans la littérature. ), leurs conceptions de la géocritique divergent. Que peuvent apporter les outils de l’intersectionnalité pour l’étude de la stigmatisation dans l'espace littéraire ? Le comité d’organisation répondra le 31 août au plus tard. Le frottement interdisciplinaire a également été identifié par le géographe Marc Brosseau. Pour cet érudit, lespace littéraire se déployant entre lauteur, le lecteur et loeuvr… La géocritique s’aligne avec le point de vue de Piatti.En quoi consiste donc l’approche géocritique ?
Les chercheurs partagent la conviction que la crise environnementale que nous vivons actuellement est « la troublante expression matérielle de présupposés philosophiques, des convictions épistémologiques, des principes esthétiques et impératifs éthiques de la culture moderne » (Gersdorf et Mayer 2006 : 9 ; notre traduction). Tally l’entend dans un sens plus large : « Geocriticism or spatial critical theory, then, is broadly understood to include both aesthetics and politics, as elements in a constellation of interdisciplinary methods designed to gain a comprehensive and nuanced understanding of the ever-changing spatial relations » (Tally 2013 : 113). Bourneuf finit par distinguer deux types d’espaces romanesques : « un espace-cadre, un espace-décor qui accompagne les personnages, leur sert d’ “environnement” sans vraiment en conditionner les actes, et un espace-sujet, un espace-acteur sans quoi, à la limite, personnages, action et récit cessent d’exister » (Bourneuf 1970 : 92-93). Les propositions de communication devront être envoyées Elles ne devront pas excéder 500 mots et elles pourront être rédigées en français ou en allemand. Katrin Dennerlein, par exemple, déplore que l’espace ne soit défini qu’en termes de relations entre deux éléments. Quels effets a ce processus sur les carrières des acteur:trices et celles de leurs œuvres ? » (Jameson 1081 : 36, cité dans Nünning 2009 : 42-43).Le terme a été forgé par Bertrand Westphal et Robert T. Tally, indépendamment l’un de l’autre. La polysémie du terme s’accompagne d’un déséquilibre entre ses deux composantes (Youri Lotman, en revanche, propose un concept qui met en avant les relations spatiales — souvent au détriment du temps. En témoigne, par exemple, LEspace littéraire de Maurice Blanchot qui emploie le terme au sens figuré. Ce fait s’explique, entre autres, par la prédisposition du langage spatial à « pouvoir s’ériger en un métalangage capable de parler de toute autre chose que de l’espace » (Alonso Aldama 2009 citant Greimas 1976 : 130-131). Lévy, lui-même géographe, convie la littérature en tant que source d’inspiration, de stimulation et de réflexion : « L’esprit des lieux, l’identité des régions, la personnalité des villes, le caractère des nations […] ; la littérature est irremplaçable pour cerner ces caractéristiques à travers le vécu, individuel et social » (Lévy 2006 : 13-14).